Les Jujus

Souvenirs d’enfance

Il n’y a pas de hlm dans ce quartier de Tinqueux, mais d´’un côté de la rue des anémones, des propriétaires, maisons et jardins bien arrangés de l´’autre des locataires, petites maisons, petits jardins. Vers le haut de la rue un terrain vague ou l’on joue au foot. Il y a Toutoune passionné de foot, cancre et bon dessinateur à l’école, je le sais c’est mon voisin au fond de la classe.

De notre côté, le bas de la rue, résident plusieurs familles nombreuses et nos voisins, des retraités.

Benj et moi sommes les petits derniers, arrivés ex aequo dans une famille où il y avait déjà: Fred, Marie-Anne, Jean-Louis et Sylvie.

Cela avait commencé par une bonne blague.

Á la clinique où maman était venue accoucher, le gynéco avait dit, au moment de la naissance de Benjamin mon jumeau.

— Continuez, poussez ! Il y en a encore au moins un !

Papa qui était venu assister à l’arrivée d’un seul enfant, était ressorti respirer bien fort dehors, un peu comme maman à l’accouchement. 

Nos premières sorties en dehors de l’école qui est près de la vielle église, c’est vers la route du bas.

Il faut dire qu’elle passe devant un grand terrain en friche, tas de gravats, briques, arbustes. C’est notre premier terrain de jeu en dehors du jardin.

Les grands y ont fait de superbes cabanes, on y joue quand ils ne sont pas là. Dans les cabanes on se fait des gouters, on raconte des histoires.

Un peu plus loin il y a l’impasse du « Val d’or », elle porte bien son nom et nous donne accès à un monde magique et sauvage, les marécages.

Á l’école, Benjamin et moi on se sent débarqués dans un monde de fous, à la récrée ça court partout, se bouscule, on n’aime pas cet endroit fermé encore moins les maitresses et tout cela ne nous intéresse pas.

Au cours préparatoire, l’institutrice à de bonnes vieilles méthodes pour ses trente-cinq gamins, si on fait des bêtises elle a un drôle de jeu, nous les Jujus on y aura vite droit. Il faut tendre les mains et elle doit essayer de nous donner un bon coup de règle dessus, on ne comprend pas pourquoi les copains ne sont pas assez rapides pour les retirer à temps !?

Avec nous après de terrible colères, elle finira abandonner on joue trop bien, il parait qu’on n’est pas de bons exemples et que ce n’est pas du jeu. Elle finit par tellement nous foutre la paix, que je me souviens d’une partie de billes avec Benjamin sur le sol de la classe, où l’on avait terminé, je ne sais comment sous son bureau, c´’est elle qui s’en était aperçu, nous on était trop dans notre partie.

On écrivait comme des cochons et lentement comme ce n’est pas permis, on l´’a su quelques années plus tard, elle aurait dû nous laisser écrire comme des gauchers qu’on était.

Alors finalement, on a eu le droit de rejouer, de redoubler notre CP.

Ce dimanche matin, après un super petit déjeuner, chocolat chaud, tartines beurre miel et confiture, passage sous la douche pour être beau comme des sous neufs. Maman nous a sorti les vêtements du dimanche, même pantalon, chemise et petit pull, elle adore nous voir habillé à l´ ‘identique. (On est trop mignons) Benjamin a horreur de ça, et moi ça me passe à des années lumières, ce n’est pas une préoccupation. Il faut que l´’on soit tout beau pour aller au temple à Reims. On a aussi de belles chaussures noires, bien cirées.

Comme on est prêt à l’avance, bien avant les grands qui commencent tout juste à émerger, on sort voir notre copain François, on a deux heures devant nous.

En passant par la Lorraine (rue) avec nos souliers, un petit arrêt à l’angle d’une maison, j’ai aperçu une dame, au loin dans ses habits du dimanche elle aussi, elle se dirige vers nous. Ayant les gouts les plus fins pour les bonnes blagues, je sors un pétard de ma poche et l´’enfonce dans une belle grosse merde de chien…

Avec benjamin on estime vite fait le temps nécessaire d’allumage, la longueur de la mèche, Benjamin me donne le top et au bon moment j’allume le pétard, on s’éloigne, la dame approche…

Elle a de la chance l’explosion ne survient qu’une fois qu’elle est passée. A notre grande joie on entend les exclamations outragées de la dame.

Je me souviens encore de ses « bonté divine ! », « les voyous ! » on était hilare.

On retrouve François devant chez lui, bien habillé aussi, lui ce sera pour l´église.

En attendant on part faire une petite balade le long de la route du bas, direction la sortie du village vers le mont Saint Pierre. On fait un arrêt près de la vieille écluse sur la Vesle, il y flotte une odeur de vase, François nous montre comment attraper les sangsues et comment elles font ventouses. Elles sont grosses et noires, c’est amusant, on essaye tout de même de ne pas trop se salir.

On repart un peu plus loin, il y a un autre accès vers la rivière, quelques mares, les alentours sont un peu boueux, tant pis on passera un coup de chiffon.

Près de la plus grande mare où l’on s’embourbe un peu, il y a au bord de belles et grandes planches de bois. Elles sont épaisses et flottent sur l’eau alors on invente un super jeu, le « radeaudo ». C’est à celui qui osera s’éloigner le plus de la rive et revenir. Une fois grimpé dessus, l’eau affleure la planche, on a l´’impression de marcher sur l’eau, on s´amuse bien. François est très fort à ce jeu-là, mais voilà qu’il n’arrive pas à revenir, il saute donc vers la rive et s’enfonce jusqu’au mollet !

Il a du mal à s’en sortir, je m’approche pour l’aider et m’enfonce juste un peu à mon tour.

François s’extrait dans un grand slurp gourmand et boueux qui lui a avalé sa chaussure.

Après quelques recherches dans la gadoue sa chaussure a disparue et on est tous les trois couverts de boue.

On revient, il faut maintenant se dépêcher François s’appuie d’un coté sur Benjamin et de l´’autre sur moi, on le laisse tout près de chez lui, on n’ose pas approcher plus, redoutant les foudres de sa mère. Il aura droit à une sacrée messe.

De retour à la maison, la famille est en retard comme d´’habitude, on file quelques minutes au sous-sol pour essayer de réparer le plus gros des dégâts, plus on en retire de la boue, plus il y en a. On se glisse dans la voiture avant que papa ne la sorte du sous-sol, c’est la ruée sous les cris de maman et tout le monde embarque en vitesse.

Une fois garé près du temple, les parents ne remarquent heureusement rien et le culte est commencé.

Le pasteur tout de noir vêtu a la fâcheuse habitude de s’arrêter de parler quand arrivent des retardataires.

Un peu comme à l’école on a nos places habituelles, il nous faut alors remonter la grande travée du milieu dans un silence terrible. On entend que le flop flop de Benjamin et moi tout tachés qui laissons devant les paroissiens, des plaques de boue sur le beau carrelage tout propre du Temple.

Sous le regard courroucé du pasteur, des parents, on va s’assoir. Je m’évade tout de même un instant en imaginant Jésus à la place du pasteur, nous faisant un clin d´’œil complice, oui nous aussi on a marché sur l’eau.

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