Anne et le chant du renard (2)

II Le chant du loup

L’autocar nous dépose sur le lieu de la colonie, en fait c’est isolé en pleine forêt, il y a quelques pâtures autour des bâtiments. On sort les valises et on installe les filles, nous prenons alors le chemin de la forêt pour une première promenade. Dans le groupe il y a deux adolescentes qui sortent un peu du lot, elles ont l’air plus enjouées et dégourdies. Elles s’approchent de moi et cherchent à faire connaissance, je me présente, leur demande leurs prénoms. Elles se nomment Aline et Coralie, ce sont deux copines. Elles me disent d’emblée :
— Vous savez, on n’est pas comme ces débiles, on a juste un peu de retard scolaire, alors sœur Agnès nous fait travailler.
Le groupe est, en effet, un mélange de cas hétéroclites, cela va du très gros retard scolaire aux filles autistes, trisomiques ou même handicapées physiques.
On avance tout de même bien, la forêt est plus dense, Aline traine un peu et elle me dit :
— Monsieur, si je me perds dans la forêt, vous viendrez me retrouver ?
Je manque un peu de psychologie et lui réponds sans réfléchir :
—  Quand je sors du chemin, je suis un peu comme un loup, alors oui, je te retrouverai et je pourrais bien te croquer.
J’ai dit ça sur le ton de la plaisanterie, mais Aline reste bouche bée et ouvre de grands yeux. Sa copine éclate de rire, la plaisanterie passe.
Je lance à tout hasard un :
—  Si on chantait une chanson ?  , quelques oui fusent, alors je me lance, et entonne :
« Dominique ! nique, nique, s’en allait tout simplement »
« Routier, pauvre et chantant. »
« En tous chemin, en tous lieux »
« il ne parle que du bon dieu »
« il ne parle que du bon dieu »…

Je vois l’éducatrice, Olga, me faire les gros yeux, mais bientôt Anne et sœur Marie-Thérèse reprennent en cœur, puis c’est les enfants avec un grand sourire. On revient vers les bâtiments, Je découvre ma chambre, elle est à côté de celle des éducatrices. Sœur Marie-Thérèse et sœur Agnès dorment dans l’autre bâtiment, près des filles. Ma chambre est boisée, un peu rustique, mais ça me va bien.
On prend tous ensemble, le repas au réfectoire puis vient l’heure du coucher, j’accompagne les enfants avec Olga, Christine et Julie.
Les filles se dirigent vers leurs lits, elles ont chacune une petite armoire à coté ainsi qu’une table de nuit. Quelques-unes sont déjà couchées, mais voilà que la grande Aline se met à crier en me montrant du doigt :
— C’est le loup ! C’est le loup !
Tout d’un coup elles commencent toutes à crier, courir partout, renverser des tables de nuit, je me sens complètement dépassé. Cela tourne à l’hystérie. Je m’éclipse et vais chercher les sœurs à la rescousse, il leur faudra bien une heure pour ramener le calme. On convient par la suite que je ne m’ occuperai plus du coucher.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :