Anne et le chant du renard

III. Solo à capella.

Déjà fatigué par cette première journée et le « coucher » infernal, je me dirige vers notre pavillon et les sanitaires. Une bonne douche avant une bonne nuit, rien de tel pour se remettre d’aplomb. L’eau bien chaude, c’est agréable, je ne suis pas le seul à avoir eu cette idée, j’entends des bruits de portes, mes collègues . Je commence à me détendre, un savon légèrement parfumé, le massage du jet, je me sens comme chez-moi. Bien sûr, je chante sous la douche, ce n’est pas sans arrières-pensées car la chanson est un brin érotique. C’est une chanson de François Béranger, je chante Natacha :

« Natacha
Ton nom est déjà un voyage
A quoi bon dépenser nos sous
A partir et pour où

A partir
J’aime mieux les rivages ombreux
De notre grand lit aux draps bleus
Où l’on découvre des merveilles

Natacha
Ton ventre est une plaine à blé
Où le Lion court après la Vierge
Dans le soleil de Juillet

Et la plaine
Quand elle finit c’est pour venir
Caresser des montagnes douces
Où je cueille des fruits délectables »…
(https://www.youtube.com/watch?v=-UovEBjLQ4s)

Je sais que j’ai un auditoire féminin, alors je fais durer un peu la douche et la chanson. Je finis par me sécher et sors une serviette autour de la taille, je vois alors Anne toute rose et fraiche habillée d’un fort joli peignoir. Elle se sèche les cheveux, me dévisage de ses doux yeux marrons et dit avec un accent Belge et d’une voix émue :
— C’était gai cette chanson, j’ai vraiment aimé, vous sauriez me l’écrire ?
Je deviens rouge comme une pivoine, et réponds tout intimidé :
— Oui Anne, je vais l’écrire avec plaisir, j’adore cette chanson et vous m’êtes très sympathique.
— Merci.
Elle part pour sa chambre. Une autre porte de douche s’ouvre, c’est Olga qui en sort en petite tenue, avec un sourire un rien moqueur sur le visage. Elle me dit :
— Toi ! Tu m’as tout l’air d’un sacré enfant de cœur ! Je ne veux pas te voir finir curé, ce soir, on te réquisitionne, on se fait une sortie sur Epinal avec Christine et Julie.
Je me fais prier, c’est que je sais comment ça se termine ces virées, on revient ivre, je m’étais promis de me ménager. Mon mois d’août ne sera pas de tout repos avec les enfants de la DDASS.
Olga insiste :
— Ah non, tu ne discutes pas, d’ailleurs, je n’ai pas eu ma chanson moi, tu me chantes quoi ?
C’est plus fort que moi, je lui sors : « Fais une pipe à pépé, avant qu’il ne la casse… »
Je n’ai pas le temps de finir qu’elle se saisit d’un baquet d’eau froide et me le lance à la figure.
Je me sauve et vais me sécher à nouveau, dans ma chambre cette fois-ci.
Un peu plus tard, la bande des trois filles vient frapper à ma porte, elles me décident de sortir pour les accompagner, il faut bien que l’on fasse connaissance.
Je demande:
— Anne ne vient pas ?
—Non, elle ne sort jamais en boite, elle n’aime pas ça. On la surnomme soeur Anne.
C’est une déception pour moi mais j’essaie de ne rien laisser paraître. Sur la route, je découvre une Olga « Bout en train », Christine et Julie sont euphoriques, on s’est décidé pour une boite de nuit, « la nuit des Temps ».

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