J’ai fait un rêve (2)

Une fois levée, Anahita a demandé à Hediyeh
— Maman, comment as tu choisi mon nom ? Sa mère lui a raconté :
— Tu sais combien j’aime ce pays. Nos ancêtres vénéraient Ishtar, une déesse originaire d’Uruk. Quand tu es venue au monde ici en Irak et je t’ai donné le nom de Anahita qui est un prénom d’origine Perse, c’est aussi le nom de la déesse Inana plus connue sous le nom d’Ishtar. Durant trois mille ans, elle a été vénérée comme une déesse de la guerre et de l’amour.
— Maman, j’ai rêvé cette nuit que la déesse Ishtar me léguait ses pouvoirs. J’ai rêvé que lors d’un rituel, j’étais drapée de ton tissu et que je prenais la parole aux hommes pour la donner aux femmes. J’avais tous les pouvoirs et je ramenais la paix au Pays.
— Tu serais l’élue ma fille ? … in cha’Allah !

Anahita est repartie à la grotte, elle s’est agenouillée au pied de la statue représentant Ishtar. Comme dans son rêve, drapée du tissu symbolique, elle a recueilli au creux de ses mains l’eau fraîche de la source et s’est désaltérée. Elle a fait le vœu que les armes se taisent. Elle a fait le vœu que les hommes laissent la parole aux femmes et que plus jamais, une femme ne soit agressée, battue ou emprisonnée. Elle a souhaité communiquer un message à tous les peuples impliqués. Elle n’imaginait pas encore tous les effets de ses vœux, pourtant, ils ont été immédiats.

Au large dans le Golfe Persique, un porte-avions américain a perdu tout contact avec ses avions de chasse. Le commandant Coldwell ne décolère pas, « mais qu’est-ce que c’est que cette technologie démente, sans doute une ruse des Russes. »

En Méditerranée dans la salle des commandes du « Charles de Gaulle », le pacha et ses officiers sont effarés, seule la deuxième classe radio peut communiquer et uniquement avec la femme pilote, elle s’écrie

— Juliette ! Juliette ! Ici Hôtel, que se passe-t-il nous n’avons plus aucun contact avec Tango et Sierra ? À vous !
— Hôtel, je les ai de visu, bien en formation, mais plus de contacts radio non plus ? À vous !

Sur le pont du Moskva
110 m de long, 680 marins, 10 tubes lance-torpilles et missiles Bazalt de 550 km de portée, c’est la Bérézina de la marine Russe. Le contre-amiral Fondlotenkov s’arrache ses derniers cheveux. Son navire est en panne radio, pas moyen de joindre le reste de la flotte ou même Moscou.
Leurs sous-marins privés de toutes communications, remontent en surface comme des petits bouchons. « Ces salopards d’Américains ont bien réussi leur coup ! »

Dans la banlieue de Tripoli en Lybie, en Syrie à Damas et même dans toute la ville d’Alep, le calme est revenu. Il n’y a plus un bruit d’arme à feu, plus une bombe, pas un seul coup de canon ou bazooka. Parmi les hommes tous les fusils se sont enrayés, quel que soit le camp, le pays ou la tribu, la poudre a perdu la partie et la parole.
Dans toutes les armées, on a été mal quand on était mâle.
Les filles de l’armée Kurde, pour qui les armes ont continué à fonctionner en savent quelque chose, elles n’ont jamais fait autant de prisonniers.

Sur Al Jazeera, sur toutes les radios ou chaînes TV, de Bagdad à Istanbul, du Caire à Téhéran en passant par Dubaï, plus un homme n’a pu s’exprimer sur les micros, pour qu’une parole puisse être entendue, il a fallu laisser la place aux femmes.

Le Grand mufti Abdul, d’Arabie Saoudite s’est désolé. C’est la grande catastrophe, la Nakba, au moment de déclencher l’appel à la prière par haut-parleurs, plus rien n’a fonctionné à Riyad. Les électriciens dépêchés sur place et dans toutes les mosquées n’y ont rien compris.

En France comme dans les autres pays à l’heure des journaux sur toutes les chaînes, toutes les ondes, il a semblé y avoir comme un brouillage, un grésillement….
Anahita, vêtue d’une toge aux emblèmes d’Ishtar s’est exprimée d’une voix douce et gutturale en une langue inconnue. Les spécialistes ont dit que c’était un mélange de Perse et d’Arabe, peut-être de l’Acadien ou du Sumérien. Une parole venue de la nuit des temps. Heureusement sous-titrée, elle a parlé au cœur des peuples, c’était comme une poésie qui disait le sacré de la vie, qui appelait à l’harmonie et l’apaisement.

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