Rivière

Pourquoi les terres ont-elles toujours cette soif d’eau claire ?
Comment fait la rivière pour répandre la vie ?

Un bruit de pluie vient abreuver la terre et se mèle au chant de la rivière quand vient la nuit.

À la veillée, au village de Grande-Terre, les hommes évoquaient celle que l’on nomme Rivière, l’un d’eux  s’est avancé et il a raconté :
C’était à ce moment de la journée où les grenouilles se taisent ; où les libellules viennent jouer dans les reflets et les scintillements sur le mouvement des eaux. Oui je l’ai entendu chanter et aperçue un soir près de la rive. J’ai deviné la silhouette d’une femme et sa démarche chaloupée.

Vive, je l’ai vue disparaître comme évaporée quand elle s’est approchée du pont sur le fleuve ambré d’ombres et d’hier.

Petit à petit, elle a semblé renaître et s’animer. Elle a traversé la brume, quitté son territoire, elle est venue à ma rencontre.  J’avais le sentiment de l’accompagner dans le méandre de ses pensées. De cette créature en clair-obscur a glissé une larme irisée. Elle a coulé comme coule la sève avant de devenir ambre transparente, elle est venue m’emprisonner.

Je ressentais, j’avais ce sentiment,
je me suis figé.

Envoûté par son regard j’étais devenu reflet de ses iris, mis à nu. J’étais enfant baptisé, adolescent  ou guerrier dans la force de l’âge. Elle semblait sauvage, féline, louve dont j’avais rêvé.
Je lisais sur ses lèvres où se mouvait sa langue, une tendresse terriblement charnelle. Elle était source limpide je voulais m’y désaltérer.

Elle murmurait : la terre est porteuse d’eau comme une mère en son ventre porte l’eau et son enfant.

Elle était femme eau vive ou animal étrange, je l’ai désirée.
En moi elle a tout vu et tout deviné. Elle était mon désir, ma force, mes faiblesses, mensonges et vérité.

L’air est devenu mouvement, les nuages ont laissé filtrer la pluie et les rayons d’un soleil rouge. Nous nous sommes rapprochés dans les hautes herbes humides de la berge et puis couchés. Deux êtres dans un instant d’ombre et fraîcheur partagée.

Pourquoi les terres ont-elles toujours cette soif d’eau claire ?
Comment fait la rivière pour répandre la vie ?

Il est doux le bruit de pluie qui vient abreuver la terre et se mèle au chant de la rivière quand vient la nuit.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :