Eoliennes dans la brume

(Ecris par Gage, poète Haut Marnais présent sur différents forums d’écriture).

Tu les devines dans l’obscurité, tout là-bas au fond, sur la crête.
Il y en a précisément douze. Tu le sais pour les avoir observées trajet après trajet.
Détestées, admirées, négligées.
C’est selon.
Selon l’humeur.

Je crois que mon moment préféré c’est en plein jour, et dans l’autre sens : au détour d’un virage de l’autoroute, elles se superposent en enfilade, mélangeant dans la perspective leurs bras et leurs fûts.
Une hydre sur la colline ?
Shiva dans le ciel ?
Les corolles complexes de grandes fleurs givrées buvant les nuages ?

Tu t’approches d’elles, tu t’éloignes d’elles, tu les perds au gré de la route, au gré des méandres.
Douze lumières rouges qui battent, et rythment ton approche.
Dans la nuit pulsent les fanaux estompés par la brume.
Au début tu ne les aurais même pas remarqués si tu ne les avais cherchés.
Les phares qui te croisent les soustraient chaque fois à ta vue, puis te les rendent.

J’aime bien aussi les découvrir un jour où passent les nuages.
Selon qu’elles sont ou non à l’ombre, elles n’ont pas du tout la même teinte.
Du blanc insoutenable au gris ardoise en passant par la neige sale, la perle, la tourterelle, le ciel d’orage, tournent les pales dans un bel ensemble, une cadence chorale.
Un ample mouvement noble et plutôt élégant et plein d’une puissance d’autant plus sensible que le tempo est pondéré.

Tu les rejoins bientôt.
Tu perçois à présent très distinctement que le battement des falots rouges se complique à chaque fois que l’une des pales passe devant l’une ou l’autre des lumières.
Par temps clair on discernerait même de manière fugace une portion du bras qui glisse.
Un dernier virage et les voilà, de part et d’autre de la route, ce que tu n’aurais jamais deviné avant de franchir leur ligne un peu incurvée.

Tu la vois, la troisième sur ta droite ?
Son œil rouge bat tout comme les autres.
Mais contrairement à ses voisines qui brassent vigoureusement l’air nocturne,

elle ne tourne pas.

Je suis cette éolienne dans la brume.
Ne t’y trompe pas.
La pulsation régulière qui m’anime par convention peut faire illusion, mais sache-le…

je suis désormais totalement immobile.

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