Les Jujus (2) Donjons et dragons

Je pense que c’était juste au début des vacances, on parcourait les rues du village. François, Benj et moi, on avait dégotté une carriole à deux grandes roues. De porte en porte, on proposait aux gens de les débarrasser des chiffons, bouteilles vides et cartons. Le ferrailleur de Tinqueux, nous rachetait ça au poids et les bouteilles de champagne vide, 20 centimes. On voulait se faire un peu d’argent de poche. On chargeait bien la carriole, et au bout de quelques trajets et âpres discussions avec le ferrailleur, on avait gagné en 3 jours 150 Francs !

Francois avait acheté un cadeau pour sa maman, Benj et moi, des jeux. On avait mis fin à notre gagne-pain après avoir écumé le quartier. Un voisin nous avait informés que l’on faisait une rude concurrence, à un clochard qui n’avait que ça pour vivre.

 Durant quelques jours de pluie, à la maison  on ressortit un cadeau que l’on avait eu au pied du sapin, il allait faire des étincelles, à défaut de faire de nous des génies. L’équipement du petit chimiste !
Pour les premières expériences on fut strictement encadré, la famille commençait on ne sait pourquoi à nous redouter !
On avait commencé par réaliser des breuvages, on pouvait faire une potion effervescente avec un gout acidulé ! Tester l’effet du vinaigre sur de la craie, découvrir les propriétés d’un aimant sur de la limaille de fer. Une expérience nous plaisait beaucoup, en mélangeant charbon de bois, limaille de fer et un autre produit que l’on faisait chauffer, cela déclenchait une gerbe d’étincelles !

Puis vint le moment où l’on commença une expérience tout seul, maman était partie faire les courses. Dans un tube à essai on mit quelques morceaux de craie rose, du vinaigre puis un petit bouchon. Il y avait bien une réaction mais ce n’était pas spectaculaire, on a eu alors la bonne idée de chauffer le tube avec une lampe à alcool… « Splatch !! » le bouchon fut projeté jusqu’au plafond ! On reçut tous les deux quelques petites éclaboussures de craie, c’est alors que l’on entendit maman discuter avec la voisine, elle revenait du marché, vite on rangea tout dans la boite.
Le midi, après le repas dans la cuisine, papa alla s’assoir au salon à son fauteuil favori, au moment de se détendre un peu, il pencha la tête en arrière, je le revois encore bouche bée, stupéfait de découvrir une partie du plafond tout tachetée de rose !
Évidement il y eu quelques explications qui tournèrent vite à notre désavantage, pour une fois les grands n’y étaient pour rien.

 Ce n’est qu’aux vacances suivantes que l’on eut l’occasion de refaire des expériences terriblement amusantes. Lalou avait retrouvé la fameuse caisse de poudre à canon de grand père Fried, papa l’avait pourtant bien caché dans le sous-sol. En grand frère soucieux des petits, il nous fit à Benj et moi, une démonstration de ce produit détonnant.
Sur une grande table du sous-sol, il dessina un long serpent de poudre, je me souviens de cette forme en S qui prenait toute la table. Il nous fit reculer un peu du lieu de l’expérience, mis le feu à un bout du serpent !
Le temps d’un éclair et d’un « srouf ! » fulgurant, nous étions enfumés et éblouis séance fumante. On ouvrit en grand les portes et fenêtres du sous-sol, puis on alla tousser dehors. La leçon de Jean-Louis, fut qu’il ne valait mieux pas que l’on s’amuse avec.

Quelques jours plus tard, François étant venu chez nous on voulut lui faire une démonstration avec la poudre. On fit cela dehors cette fois-ci, après en avoir fait bruler une petite quantité, on eut la bonne idée d’en tasser un petit peu au fond d’un tube en cuivre, puis de mettre une bille par-dessus la poudre, à l’allumage cela faisait un peu de bruit et projetait la bille pas trop loin… Pour améliorer l’expérience, on remplit l’intérieur d’un tube de stylo « Bic » que l’on mit dans le tube à la place de la bille. L’effet fut spectaculaire, nouvelle détonation, et stylo projeté à 10m s’alluma et s’envola dans les airs pour atterrir dans le jardin voisin. On entendit alors justement un de nos voisins crier de manière inquiète :
– « les jumeaux ! Qu’est-ce que vous êtes encore en train de fabriquer ! » Ben quoi, juste une fusée Bic.

Le beau temps revenu on décida d’aller se promener en vélo à la sortie du village il y a une colline, le Mont St Pierre qui domine les environs et donne une vue superbe jusqu´à la ville de Reims.
Tel napoléon, préparant la bataille de Friedland, nous venions y envisager nos excursions et ruminer d´autres explorations et aventures.

Notre vue donnait sur le parking du nouvel Hypermarché, magnifique colosse de béton, il ressemblait à un gros blockhaus.
Le bruit courait au village qu’il pourrait abriter la population en cas de catastrophe atomique ! C’était bien, ça nous rassurait.

Comme de preux chevaliers, nous avions enfourché nos vélos et galopions vers ce magnifique terrain de jeux.
L’entrée de ce magasin était immense, nous observions ces nombreux clients, entrer, sortir….
je ne sais plus qui eu cette idée, elle avait germée au creux de nos cerveaux géniaux !

Nos observations portaient sur le système d’ouverture et fermeture automatique des portes à double battants.
Il y avait un tapis à l’entrée, c´est au moment ou l’on marchait dessus que les portes s’ouvraient pendant un temps minuté, puis se refermaient.
Un peu d’entrainement entre nous, nous permit d’essayer un nouveau jeu :
On repérait une personne qui se dirigait vers la sortie, gentiment de l’extérieur on déclenchait l’ouverture un peu en avance. Le client sortait du magasin et crounch ! notre proie et son caddy étaient coincées dans les portes qui se refermaient sur eux !

Benj, François et moi on avait disputé quelques parties avant de se faire méchamment dénoncer auprès des surveillants, s’en était suivi une petite course poursuite sur le parking, le dédale de voitures nous avait sauvé.

Il nous fallut un autre jeu juste entre nous, François resta spectateur.
On improvisa un tournoi, digne de ceux du moyen âge : nous étions Benj et moi face à face à bonne distance l’un de l’autre, à cheval sur nos vélos chacun un caddy à la main.
Au signal de François, on foncait l’un vers l’autre, le caddy remplaçait la lance, on essayait de dégommer l’autre.
La plupart du temps seuls les caddys se percutaient à grand fracas !
Á un moment j’avais touché Benj à la jambe, un point pour moi !
François relança le tournois et Benj plein d’une furieuse énergie arriva à toucher ma monture ! Aie aie la patte avant (la roue) était toute tordue… je repartis à pied, en direction chez Gilles, un copain qui habitait tout près. Lui c’était un cycliste confirmé, il me l’avait réparé en maintenant à 2 mains un côté de la roue pour taper fortement l’autre sur un établis, puis avec des clés, il retendit un par un les rayons de la roue.

On était repartis, on avais roulé vers les champs en direction du village d’Orme, la campagne c’était  plus paisible.
Sur la route à travers champs, on avait remarqué  des tas de bottes de pailles près d’un hangar. on
s’était arrêté là.  Il y avait de la paille sur une grande hauteur et par endroit des espaces, c’était génial pour y faire des cabanes.
On avait quitté ce hangar pour essayer d’escalader des bottes de paille empilées dans le champ, assez hautes de 3 à 4 mètres, c’était nos donjons !
François était assez habile, il était arrivé le premier en haut, Benj et moi on secouait ce donjon, à nous 2 on réussit à le faire s’écrouler malgré ses cris !
Pour le consoler, c’était tellement amusant, j’avais escaladé le donjon d’à côté, c’était à son tour avec l’aide de Benj de me faire tomber dans une avalanche de paille.
Qu’est ce qu’on s’amusait, on avait répèté ce jeux durant 1 heure au moins….

A un moment il nous avait semblé entendre rugir un dragon au loin !
Un cultivateur descendu de son tracteur arrivait en courant et jurant:  » bon diou de bon diou ! « 
si je vous attrape !
On avait deviné qu’il ne nous proposait pas un nouveau jeu, et comme il avait donné l’alerte un peu trop tôt, nous avions enfourché nos montures et filé au galop !
Tagada tagada laissant derrière nous une plaine dévastée couverte de donjons en ruines après une rude bataille.
La plaine tremblait sous juillet.

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