Les Jujus en Suisse

Enfin le départ pour les grandes vaccances !
Un des enfants issus des huits frères et soeurs de notre grand père Suisse, pouvait nous louer un chalet au-dessus du lac de Neuchatel. Il se situait en moyenne montagne dans les alpages du Jura Suisse près du lieu-dit le « Creux du van » une immense cassure géologique, une longue falaise de presque deux cent mètres de haut.
 
 A partir de Boudry La 404 break a grimpé courageusement un long chemin sous la forêt.  Virages après virages sans croiser personne d’autre que des animaux, une belette qui emportait un petit lièvre, nous avons finis par arriver dans les alpages. C’était la fin de l’après-midi, nous apercevions le chalet. Il était entouré d’un grand cercle constitué d’un muret de pierres, il y avait un accès par un portail en bois(un clédard). Depuis le chalet on admirait le lac en contrebas et les pâtures  tout autour de nous, une ferme au bout d’un chemin.
Nous étions là pour un mois, la famille était presque complète avec les parents puis les enfants, Jean-Louis, Marie-Anne, Fréderique, Benj et moi (Cisco). Il manquait vivie, elle faisait ses premières armes de fille au pair en Italie.
 
 Dès le premier jour on a fait connaissance avec un personnage très sympa, on l’a surnommé « fredyschmeck », oui, il schmeck un peu ce grand jeune homme chevelu. (Dans notre argot, « ça schmeck » veut dire, ça pue). Il a un super accent vaudois, il parle d’une voix trainante et bien tranquille, il a des bottes et le jean bleu-vert qui sentent bon la bouse. Il travaille à la ferme d’en bas et c’est le gardien du grand troupeau de vaches, éparpillées autour de nous. Benj et moi on va l’accompagner souvent et participer à la traite des vaches. On a eu l’occasion de boire le lait tout chaud qui sortait du pi des vaches. Une fois reposé ce lait laissait apparaitre une épaisse couche de crème, c’était délicieux.
Fredyschmeck nous a affirmé reconnaitre toutes ses vaches au son de leurs cloches, nous étions effectivement réveillé tous les matins par le tintement des clochettes, ça carillonnait dans tout l’alpage. Un jour ce vacher sympathique nous a confié à Benj et moi, la tâche de ramener toutes les vaches du troupeau pour la traite du matin. Ainsi, il pouvait tenir compagnie à nos grandes sœurs. Levé de bonne heure, nous avons passé la matinée dans les alpages à  regrouper le troupeau, on se guidait au chant des cloches qu’elles  portaient au coup, plus on ramenait des groupes éparpillés, plus il y en avait…plus le troupeau grossissait…

C’est en les faisant rentrer dans la ferme qu’on s’est aperçu qu’une fois l’étable remplie, il restait encore un gros troupeau dehors ! On n’avait pas encore tout le savoir de Fredy et on avait ramené aussi les vaches des autres fermes.

Papa avait amené un arc et nous faisait des démonstrations avec Jean-Louis, d’abord sur une cible, des tirs de distance dans les pâtures quand il n’y avait pas de vaches, puis des tirs à la vertical… là j’avoue qu’il me faisait un peu peur. Il tirait fort et loin, si loin que dans le ciel que l’on ne voyait plus la flèche, j’avais peur qu’elle nous retombe dessus. Sur incitations de maman, il a orienté ses tirs au loin dans les pâtures jusqu’au moment ou en allant rechercher sa flèche, il a vu s’enfuir un enfant qui criait à ses parents en train de pique-niquer:
– Maman il y a quelqun qui m’envoie des flèches !
Papa est rentré tout penaud au chalet, c’était le weekend, il y avait quelques personnes venues dans l’alpage. Visiblement ces gens-là ne voulaient pas jouer aux cowboy et aux indiens.

Il y avait d’autres occupations, on s’est exercé à fendre du bois, on a fait du feu dans la cheminée et quand il y a eu des braises on a fait fondre l’excellent gruyère suisse. Il n’avait rien à voir avec le gruyère français, il était délicieux, un peu salé, on sentait les grains de sel sous la dent, miam ! Maman qui chantait à toutes occasions, cuisine, vaisselle, ballades, et soirées au coin du feu, nous apprenait de nouveaux chants : « Quand j’étions chez mon père apprentis pastoureau… » On reprenait aussi tout le répertoire que l’on connaissait déjà.
 L’intérieur du chalet était entièrement boisé, depuis une chambre à l’étage on voyait le lac et la rive d’en-face. On s’est vite aperçu que l’on ne ferait pas souvent de baignades, en fait on ne pouvait pas atteindre le lac qui nous paraissait si proche, entre nous et lui, il y avait des falaises avec des à-pics vertigineux.

Quelques jours plus tard, nous avons découvert le « Creux du van », on faisait une marche d’un quart d’heure pour arriver à un petit sentier qui longeait la falaise. On pouvait y ressentir un fort courant d’air ascendant et ce vide terrible, très attirant. Des accès permettaient d’aller à la base de la falaise par des sentiers en pente dans la forêt. On arrivait alors à la ferme « Robert » qui était une auberge pittoresque,  une sorte de cabane de trappeur, ils y proposaient évidemment les spécialités suisse : fondue, raclette. La première spécialité que l’on a découvert a été la raclette, pas dans des petits poêlons, mais des quarts de tome que l’on faisait fondre et raclait une fois bien grillés.
Les Alpages c’était un lieu de rêve un peu magique, je me souviens de ces petits matins avec un brouillard à couper au couteau, on ne voyait pas à plus d’un mètre… Attention à ne pas approcher les falaises ces jours-là. Les matins où l’on découvrait les pâtures parsemées de champignons mystérieux, ils avaient poussé en une nuit, c’était de grosses « vesses de loup »  des champignons blanc comme des champignons de Paris, mais taille XXL.
Il y a eu cette superbe soirée des feux de la saint Jean, tout autour du lac, les Vaudois avaient préparés d’énormes bûchers et le soir venu ils ont tous été allumés. On a admiré cela en même temps qu’un magnifique ciel étoilé.
De retour au chalet ce soir-là, la veillée s’était prolongée par le récit de maman : elle nous avait raconté son accueil en Suisse pendant la guerre. Alors qu’ils  manquaient de tout à Reims, que les huit frères et sœurs avaient toujours faim, la Suisse avait été un paradis. Elle avait fait la connaissance de son cousin Jean, c’était un personnage, il était douanier de haute montagne. Il allait avec un collègue de refuges en refuges, surveiller les frontières, empêcher la contrebande. Un jour, après un échange de coup de feu avec des contrebandiers italien, son collègue et amis avait été tué. Jean avait par la suite épousé la veuve, Louise, et pris en charge les enfants, Arthur et Erica. (Je ne savais pas encore que je ferais leur connaissance quelques années plus tard, que Jean toujours vaillant à 70 ans, m’emmènerait en cordée sur le glacier des Diablerets).

Les vacances arrivèrent à leur fin, il fallut faire les préparatifs du retour, nos adieux aux vaches, à Fredy, aux alpages suisse et à l’air vivifiant de la montagne. Par une belle matinée on est tous monté dans voiture, la 404 break a redescendu la montagne et bien-sûr on a chanté  « Le vieux chalet ». Se fut le retour pour la Champagne et la proche rentrée des classes.

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