Maboule rêverie (reprise)

Photo de Bjorn Austmar Porson

Boule de boue 
nous sommes faits d’argile
et agile est celui qui nous a faits ainsi,
boule inique ou boule creuse
et parfois carapace de granite.

Notre terre est bonne pâte ; en coulée orangée elle tartine son magma
comme un rêve d’obsidienne et la digestion d’une digression scorie.
Notre terre est bonne pâte ; l’humanité de passage y émaille sa marmaille venue y croquer son croissant fertile.
Notre terre est bonne pâte ; je rêve d’être paysan et m’y rouler dedans.

Terre et eau

Sous terre j’ai bu à la nappe phréatique, je suis devenu spéléo-gastro. Au débouché des boyaux j’ai admiré un micmac de calculs calcites et compté que les appendices stalactites n’étaient pas des mythes.
Car c’est bien connu, si les tites tombent
les mites montent, mais si le mic manque au mac on s’en moque.

Oh mère !
Oh capitaine !
Sur l’eau je criais terre
sur l’arche je ne pipais mots
sur mer j’ai bu au tonneau,
mais sous l’eau l’ivresse de profundis
me fut part donnée d’apesanteur.

Extraits de poème « Scintillements » de Péache

Ultime ascension avant l’ultime chute.

Le souffle court, on se repose.

La neige dans sa robe a mis un peu de rose

(en prévision de la culbute ?)

– Mais qu’il est doux ce baume à l’âme qui se pose.

La trace qu’a laissée un petit pied d’enfant

sur le sable complice

empreinte du bonheur dérobée au néant

Deux ados s’embrassant à bouche que veux-tu

l’éternité qui plisse

son œil avant que tout soit tu

Il ouvre sa portière et la prend par le coude

et tous deux vont et glissent

miraculeux vieillards face au temps qui les soude

La forêt avance

Gognies Chaussée, nord de Maubeuge


Où sont passés la Belle
et les vers romantiques,
la famille Capulet
a-t-elle fermé boutique ?

Le fer forgé se rouille
en son âme erratique
un Roméo déroule
une prose pathétique

au pastel morganatique,
c’est le temps qui s’écoule
dans un vers nostalgique

Après une danse

où le lierre s’enroule

un château s’écroule

alors, la forêt s’avance.

Portrait – que ta joie demeure –

à Paris, quai de Seine

Des souvenirs me reviennent 

petit j’accompagnais mes parents 

au temple protestant de Reims 

Il y avait les cantiques,

les psaumes et ce magnifique chant

sur la musique de J S Bach

« Que ma joie demeure »

Solennel grave envoûtant 

et pourtant rayonnant

comme ton sourire 

Que ma joie demeure et accompagne la tienne 

On pourrait la croire fugace

comme un petit éclat de rire 

je l’ai devinée profonde ancrée dans ta vie

et toujours prête à jaillir 

Portrait – mariage indien –

au Sud de l’inde


Combien de murriers

de papillons voltant fous de joies

et leurs chenilles

et combien de mains accordées

pour tisser ces pelotes de soies


namasté Anjali


près de la plage

les mehndi henna

qui se balançaient au vent ont rêvé ta peau


ce matin la mer scintillait d’un rite inlassable 

les vagues chahutaient l’écume 

elles saluaient ton âme 

et dansaient sur les mots amour lumière et bonté 


les musiciens sont arrivés 

c’était ton jour Anjali

ton bonheur réchauffait le coeur des parents

Portrait

à Paris une inconnue

Vôtre sourire

douceur 

est promesse de joie

un regard d’innocence fragile

dans ce monde d’hommes 

pourtant dans vos yeux sombres

nuit des temps

c’ est toute la mémoire des femmes

le désir des hommes 

dans ce qu’il a de plus beau 

comme la lumière du printemps qui se pose sur les eaux du lac 

le désir des hommes

dans ce qu’il à de plus sombre

comme un désir non partagé 


Votre sourire est prière pour ce monde

promesse d’hommes et femmes qui marcheront encore

main dans la main

dans les vallées de l’amour. 

Sur la route

Près de Koeur la Petite, Meuse

Flou flou flou fait l’éolienne

le brouillard s’épaissit

ce qui m’attend devient mystère

on me chuchote mes travers

que je vais droit dans le mur

mais je vais sans m’en faire 

j’aime trop l’aventure

oubliant les affaires 

je rêve d’autres futurs


j’irai encore sur ces chemins

pour d’autres surprises 

bonne étoile y veillera bien. 

Sur la route – la petite fée de l’hiver

Montagne de Reims

Petite fée de l’hiver 

tu es venue cette nuit 

et dans ta danse tourbillonnante

tu as semé des fleurs de coton

……..

petite fée de l’hiver

tu es artiste peintre

tu as dessiné cette nuit

des ourlets d’ombres blanches 

jusqu’au bout des branches 

……..

petite fée de l’hiver 

tu as tricoté cette nuit

pour livrer au matin 

une jolie dentelle de neige

……..

petite fée de l’hiver

tu t’es endormie

tu as caché 

je ne sais où 

tous les bruits du petit jour

……..

petite fée de l’hiver 

tu as oublié ton manteau blanc 

il recouvre forêts et sapins

et tu as livré au creux de nos coeurs

des rêves de douceur.