La fille au foulard blanc

(écrit par Éveil)

elle avait serré
autour de ses cheveux
un foulard blanc
et il y avait un nœud
ça faisait comme un cadeau qu’on offre
ça faisait comme si elle m’offrait des poésies
d’une terre que je devinais fruitée chaude et peuplée d’ombres noires
elle avait serré
autour de ses yeux
mon cœur
et il y avait un nœud
qui faisait mal
ça faisait comme si
du bout de ma houle
je lui offrais la mer
et les fleurs jaunes
ça faisait comme si
du bout de l’embrun
je laissais mes doigts
sur ses doigts
parfois je les oublie
au bon endroit
mes lèvres sur sa joue
je les oublierai
parce que j’oublie
beaucoup de moi contre une poignée de soleil
j’oublierai même
l’écume de ma peau tout contre l’été de la sienne
et je laisserai
au temps qui passe
le souvenir de ces vers sur la grève

Le désespoir des animaux

La nuit tombe sur la banlieue, son fracas de trains, de métros et d’automobiles s’estompe dans le passage souterrain près du lycée. Leurs sacs en bandoulière, Grégoire et Antonin discutent de leur dernier cours de la journée. Leurs pas résonnent et rythment la discussion, on commence à entendre les jappements du refuge qui se situe deux cent mètres plus loin.

— Tu crois qu’il passe par ici et que c’est comme ça qu’il a choisi le sujet ?
— C’est bien possible, je n’ai jamais vu notre prof en voiture.
— Tout de même « Le désespoir des animaux », c’est un piège en philo ! C’est de la psycho-jolie, pourquoi pas les sentiments de la crevette, le calcul du loup, la réflexion du corbeau, la vengeance du microbe, ou la sérendipité du mammouth ?
— Oui, il y a déjà le râle du cormoran, les pleurs du veau, les grimaces du singe.
— Je me demande si je ne vais pas parler de Jean de la Fontaine et d’un renard désespéré par un corbeau sourd à sa flatterie.
— Hé hé, c’est ce que je disais, il y a de quoi écrire. Rien qu’ici, tu vois ces toutes petites fourmis au sol à l’angle du carrelage.
— Ah oui, pas bête ! elles se désespèrent et attendent que l’on laisse tomber des miettes de pain.
— Va savoir, t’as lu « Fourmis » de Weber ? imagine qu’elles soient intelligentes. Le problème avec elles, c’est que je suis persuadé qu’elles ne désespèrent pas.
— Ah bon, pourquoi ?
— Elles s’adaptent à l’homme de manière incroyable, regardes-les, tu remarques rien ?
— Bah, c’est des fourmis quoi. T’es parano, tu as des doutes, tu crois qu’elles nous guettent ?
— Regarde, elles sont minuscules, elles vivent ici en ville, elles se font discrètes et passent quasi-inaperçu. Tu as déjà vu une fourmilière en forêt ? Elles sont bien plus grosses dans la nature. Cela prouve bien qu’elles se sont adaptées. Il y a de l’espoir pour elles.
— Ok, bien vu, mais elles n’en n’ont sûrement pas conscience. Quels sont les animaux qui peuvent désespérer et de quoi ?
— Tient je pourrais peut-être raconter ça dans ma disserte, le week-end dernier j’ai vu une souris blanche au bord du désespoir.
C’était chez nos voisins, on était invités mes parents et moi pour une soirée déguisée, bref, notre voisin était déguisé en dresseur de fauve : culotte et veste léopard, il avait un fouet et tenait en laisse une souris blanche. Il lui faisait faire un parcours et quand la souris arrivait devant un obstacle, il faisait claquer son fouet et disait :
— Saute Razibus ! saute !
— Oh purée, j’aurais voulu voir ça.
— Oui, mais tu vois, la souris m’a regardé de ses yeux noirs toute effrayée et j’ai trouvé ça triste.

Anne charlotte est arrivée furax, elle a gueulé après son père, elle voulait récupérer sa souris mais leur chien est venu s’en mêler, il a attrapé la laisse et s’est sauvé avec la laisse et la souris dans le jardin. Il devait croire que c’était un jeu, tout le monde était tordu de rire. Anne Charlotte a passée la soirée à chercher la souris. Je pense que Razibus a retrouvé espoir quand elle a disparu dans les hautes herbes du jardin. Neige, leur chat noir n’était pas là heureusement.

— Ça me fait penser aux chats, ils ont une patience incroyable quand ils chassent, ils ne se désespèrent pas d’attraper une

souris ou un oiseau. Mais ils se désespèrent quand leur maître les abandonne.
— Oui, t’entends les chiens du chenil là-bas, ils se désespèrent d’être enfermés, d’avoir un maître qui s’occupe d’eux et qu’on les nourrisse. Les animaux domestiques, les chats comme les chiens, peuvent désespérer.
— En fait, je pense que les animaux, quand ils désespèrent, c’est surtout au contact de l’homme et à cause de lui.
— Oui, tu as raison, je me souviens on avait étudié Nietzsche, il parlait du désespoir des hommes à propos de la mort de dieu. Si les animaux nous considèrent comme des dieux, ils doivent parfois se désespérer que leurs dieux soient encore vivants.
— Bien vu, ça te dirait de jouer à dieu et que l’on aille libérer les chiens du chenil ?

Grégoire et Antonin passent le long des murs du refuge de la S.P.A, des chiens se sont mis à hurler à la mort. Qu’est-ce que c’est triste, mais c’est si beau à écouter. Les chiens se reprennent les uns, les autres, cela donne des frissons, la chair de poule.

— Merde ! il n’y a donc plus personne là-dedans, personne pour les nourrir ou s’occuper d’eux ?

Grégoire et Antonin se regardent, ils le savent au fond d’eux, ils ne feront rien. Mais bon sang, ils le ressentent ce désespoir des animaux

Patinage

Minouche
elle patine
elle roule aussi
souvent se déhanche

J’enroule
et glisse
sept fois
enjeu
de mots
en sa bouche.

Ma blonde
patine
elle glisse
alors je m’enroule
sur ses hanches.

Parfois elle fonce
hors je fronce
mes sourcils
mes bras
sur mes hanches.

Minouche
elle patine
elle roule aussi
souvent se déhanche.

Quand elle délaisse
la glace, ô christ !
C’est moi qui glisse
sur ses hanches

Et quand elle m’embrasse
C’est du patinage artistique

Dune de sable et wakamé

(explicite)

Dunes de sable et wakamé

Son corps couleur sable se confondait aux dunes, une petite fleur sauvage entre les dents elle m’attendait quand j’admirais les vaguelettes que dessinait le vent.

Je me souviens de la plage sud où l’on venait se baigner nus, libres, le corps caressé par les flots tumultueux et revigorants.

Une naïade dans les baïnes, l’écume était mousseline, le sel sur sa peau traces blanches me bousculait le sang.

Allongés près des goémonts et wakamés, j’agaçais petit coquillage nacré de rose du bout des mes doigts insistants. J’assistais à son ravissement.

Un cri de cormoran recouvrit son gémissement, quand de ma bouche petites lèvres je chatouillais si gentiment. Je ressentais ses frémissements qui arrivaient par vagues et la force de son plaisir écumant.

Au nom de tous les tiens

Où es-tu Martin ?
Où te caches-tu ?
Dans ces marbres sans fin
et ces Grès nus.

Dans la mémoire de Berlin
L’holocauste était nuit
Treblinka s’éteint
On oublie Varsovie

C’était trop, c’était tant
le drame de ces vies.
Ta femme tes enfants
Perdus dans l’incendie.

Le pêne de la porte
d’un travail qui rend libre.
Retiendra-t-il la cohorte
d’un front du délire ?

Où es-tu Martin ?
Où te caches-tu ?
Entendra-t-on demain
les paroles qui tuent ?

Petit matin conton

Près de Langre Haute Marne

Voir au-delà des choses

et encore au-delà des formes

Qu’est-ce que lebrouillard si ce n’est  fines goutelettes d’eau

qui viennent irriguer mon imagination

voir encore le monde ses magnifiques paysages

ses couleurs et l’arc en ciel

si la nuit me donne le désir du jour

si l’hiver me fait attendre le printemps

que ce brouillard me donne les idées claires

le goût des saisons et de la nature qui les célèbres. 

Approcher encore le monde, ses formes étranges ou qui sait, un fantôme

et peut-être une présence, ta présence. 

Ostende

Je partage un poème écrit par Damy, présent sur les sites Oniris et Atramentra.

Je la voyais, là-bas, aux petits jours chagrins,

Fragile. Elle voilait un sourire tragique

Sous les ombres des quais dans un port de Belgique

Où grognaient en pissant les ombres des marins.

Ses charmes exhibés aux oiseaux de passage,

N’ayant pour seul désir qu’une tendresse au cou,

Elle osait un chéri, sans réclamer beaucoup,

Mais jamais n’accrochait faveur à son corsage.

La mer blafarde, étale, offrait tant de chalands ;

À l’aurore, hébétée, elle y pénétra, seule,

Livrant ses reins, ses seins puis sa mignonne gueule

Aux poupes des vapeurs peuplés de goélands.

Les marins, amarrés au ventre d’une fille,

N’avaient pas entendu son appel au secours :

Une idylle pas chère et des gouttes d’amours.

Elle croyait qu’Ostende était mieux que Manille.