Nuit de glace

Lac du Der, Haute Marne

Le froid tranchait d’un bleu de gouache 

sous le ciel lourd

l’encre de nuit s’éclairait de novembre 

la carapace de l’hiver à l’arrêt d’une grande solitude me dessinait ses courbes de tendresse glacée

mes quelques pas ouatés sur le désert blanc

au paradoxe empruntaient une infinie douceur au lac effacé. 

Fantaisies

Jardin à l’entrée du village de Gravelines, Nord

Il était un jardin de fantaisies

un portail en goguette aux souvenirs d’enfances éparpillés

des tours en trottinettes des landaux de poupées

les sept nains et la schtroumphette dormaient dans l’allée

un lapin dans une voiturette partait en tournée


Ce matin le jardin d’enfance s’est figé

Il y pousse des souvenirs secrets

d’un petit monde oublié

dans un parterre de fleurs de givre

un brin de tendresse continue à trottiner.

Un petit creux pour un croissant

L’espace temps s’est courbé de désir,
instant de gravité dans la nuit galactique, poussières d’étoiles nébuleuses, à qui la faute si j’aspire au photon.
Si je suis si dense, c’est que j’aime faire danser les constellations.
Je croque la vie à pleines dents.

J’ai toujours eu faim de tout
et bien sûr faim de vous.
Je vous préfère bien mûrs,
ridés, plissés comme une vieille pomme.

Mais ne vous pressez pas,
tout viendra en mon temps.

J’ai le goût de la matière instable,
j’aime quand elle se désintègre, quel spectacle quand elle crépite et perd sa particule.

Ah pardonnez-moi si parfois j’ose,
et goûte une belle potée d’apothéose.
On dit de moi que je suis un trou,
je suis gourmand en la matière,
j’approche à pas de loup,
nettoyeur d’univers,
j’avale tout.

Ah j’allais oublier, merci pour le croissant.

Alpage à la page

Tu ne peux pas faire comme tout le monde ?
Il faut toujours que tu te fasses remarquer !

–Et toi, tu te crois meilleurs parce-que t’en a deux comme papa. Tant mieux pour toi !

–Je ne parlais pas de ça. Mais, qu’est-ce que c’est que ces fantaisies ? il a fallu que tu ressortes ton pyjama vert à petites fleurs rose. Tu crois peut être que c’est à la mode ?

–Beuh, la mode ne me plais pas, ça me donne l’air d’une vache. Et puis tu sais, moi je me suis toujours sentie bien dans la masse, mais cela ne doit pas étouffer ma créativité.

La nature, les fleurs… j’ai toujours été cool et ça me va bien comme ça. Il me faut un peu de poésie dans ma vie.
D’ailleurs écoute mon poème :

J’exposerais bientôt ma jolie différence
heureuse et libre au cours de la transhumance
depuis les pâtures vers les immenses alpages
du printemps à l’été je serai à la page.

Vers le bleu du ciel grimper les hautes montagnes
cette envie de me sentir belle m’accompagne
aller retrouver mes amies les marmottes,
gambader près des cascades toujours ça me trotte.

Se poser, regarder pousser les marguerites
alors pour moi ces jours ce sera comme un rite
Courir nue sous la lune enchanter les étoiles
Au matin ressentir le vent frais dans mes poils.


–C’est bien ce que je pensais t’es complètement barjot, moi je suis la grosse vache qui tache et bien sûr toi tu es l’unique, la mignonne, la jolie licorne.

Friedland

Forêt de Saint Gobain

J’aime être toujours seul
près des arbres lumières.
Je communie aux aïeuls
lors de ce matin d’hiver.

Ici j’ai trouvé, la Friedland,
espace de paix, lieu glacé.
Les esprits du passé s’entendent,
pour que sonne l’heure d’un temps figé.

L’air vif s’éveille aux couleurs pâles,
sous mes yeux, un vert qui s’étale,
comme une gouâche au gré du vent.

J’ai du bleu dans le regard,
pour un blizzard au levant.
J’ai du bleu dans le regard,
au visage, un sourire d’enfant.

Cristal qui songe

Sentir encore ta présence
dans ce brouillard givré.
Y voir ton âme en transhumance
ton esprit que je ne sais oublier.

Venir ici marcher en ton absence
tracer mon pas dans ton pas.
Vivre notre amour en silence
ce matin encore une fois.

Revivre l’hiver de sa naissance
et ne penser qu’à toi.
Nous avons eu cette chance
l’amour a partagé nos joies.

Il faut que je te dise ma belle âme
nos enfants grandissent heureux.
Quand parfois seul me viennent les larmes
Je me souviens de la neige et nos jeux.

Sentir encore ta présence
au bord de la route glacée.
Ressentir ce matin le silence  
quand pour toi le temps s’est figé.

Lo,  ici l’au-delà fait des merveilles
dans ce matin du monde en sommeil.
Un cristal songe s’amuse et me dessine
l’ellipse entrelacée de nos racines.

L’air vif de ce dimanche
ravive mes pensées.
En flocon de neige blanche
la vie nous a déposé
éphémères fragiles et aimés.

Tu reposes sur cette branche
en esprit que je ne sais oublier
J’y vois ton âme en transhumance
mon coeur je suis apaisé.

Souvenirs

« Bien sûr, ce n’est pas la Seine

ce n’est pas le bois de Vincennes,

mais c’est bien joli tout de même » Barbara

Devant la maison beaucoup de place pour les fleurs, les rosiers et grandes tiges de roses Trémières, pavots, delphiniums, pensées. Un passage sur le côté nous servait de terrain de boules, que de bonnes parties en famille quand l’´un des sept frères et sœurs de maman passaient le weekend á la maison, avec nos cousins cousines…

Sur cette bande de terrain il y avait deux magnifiques cerisiers, on avait vite appris à y grimper, on pouvait y faire concurrence à Crocro. C’était un petit corbeau que Jean-louis avait trouvé, sans doute perdu par sa maman, dans un bois près des marais.
On avait réussi à le nourrir avec un peu de pain trempé dans du lait, un peu de jaune d´’œuf. Au début il était resté une semaine dans le sous-sol, puis papa avait craqué, Crocro avait couvert la grosse mobylette bleue, de fientes. Une fois mis dehors, Crocro revenait toujours dans le jardin, et même quelques fois se nourrir dans la cuisine. On l´’aimait notre Crocro apprivoisé, même Gribouille, la chatte de la maison le laissait tranquille. Elle avait assez à faire avec nous et ses petits chatons. Il arrivait que parfois, quand maman montait la rue pour aller faire les courses, elle entende un flop flop gracieux, et que Crocro vienne se poser sur ses épaules… c’´était drôle, mais ne voulant pas devenir la « femme au corbeau », plusieurs fois elle fut bien obligée de le chasser. Plus souvent il se perchait dans les cerisiers du jardin et sur les toits alentours.

Derrière la maison le jardin s´’agrandissait, quelques rocailles, pour les fleurs, un petit potager, beaucoup de pelouse, des noisetiers et un pommier, trois cerisiers sauvages près du portique. Les printemps y étaient magnifiques. Benjamin et moi on était agiles grimpant d’´un arbre à l´’autre, on pouvait depuis les branches accéder au portique, trapèze et balançoire. Au fond du jardin, un emplacement était réservé pour faire du feu au milieu d´’un cercle de pierres. On y a fait de belles flambées, on aimait particulièrement y faire cuire des patates sous la cendre, humm un délice.

 Après les explorations du jardin, les grands nous avait fait découvrir le Val d’or
Au bout de l´’impasse du même nom, il y avait les jardins des maraichers, et un passage, avec le panneau, « propriété privé, défense d’entrer ». Comme il n’y venait jamais personne à part nous, que la végétation y était sauvage et en friche, que les grands (tout imprégné de l’année 68), nous avaient affirmé « il est interdit d´’interdire » on se l´’était accaparé le Val d’or.
La première partie assez accessible et sèche était une sorte de savane durant l´’hivers. Au printemps un fouillis d´’arbustes devenus bien plus haut que nous. Un passage obligé à travers un bois assez dense, et l’´on arrivait à l´’étang. C’était un endroit plein de vie et de surprises, sur les côtés de l´a mare c’était une zone très humide à traverser un passage beaucoup plus risqué. Il y avait une manière de marcher, poser les pieds délicatement, en quelque sorte tâter le terrain, éventuellement marcher sur des branches au sol. Plusieurs fois il nous est arrivé de nous y enfoncer jusqu’à la cheville, quand on retirait le pied une odeur épouvantable s’´en échappait. L’étang grouillait de vie, têtards ou grenouilles, dytiques, selon les saisons, de magnifiques roseaux, chardons, des nénuphars et belles plantes aquatiques.  C’était notre sortie préférée du Weekend, après la sortie piscine, ou les visites chez les Grands-parents.

Papa nous avait réquisitionnés pour aller faire du ménage dans le grenier du grand-père. Il habitait une charmante maison près du centre de Reims, je me souviens de sa belle façade en pierre meulière. Un jardin à l’arrière de la maison avec un enclos pour les poules, on adorait leur lancer des escargots et voir comment elles se jetaient dessus. Au fond du jardin les clapiers à lapins, trop mignons ce petites bêtes !

Grand père nous avait raconté que pendant la dernière guerre ils étaient bien contents d’avoir ce petit élevage, mais un prédateur était venu tuer ses lapins plusieurs fois de suite. Il avait alors piégé les alentours. Il fut étonné d’y prendre un gros chat redevenu sauvage. Le chat était passé à la casserole, il avait le gout du lapin.

 Dans la maison, grand-mère avait toujours quelque chose à nous raconter. Elle se souvenait d’avoir appris à nager dans la Garonne à Toulouse, elle la descendante de « Don Gaspard de Portola ». Puis elle était devenue marraine de guerre. C’est comme ça qu’elle avait fait connaissance avec grand père. Elle racontait comment grand père avait eu la vie rude, né en Angleterre de Marks, un papa fraichement débarqué d’Afrique du sud après avoir combattu les anglais à la guerre des Boers. La maman de grand-père, Gittel, était polonaise. Les arrières grands parents s’étant séparé, elle s’était sauvée en France avec ses quatre enfants, Mose,Victor, Samuel et Rachel.

Lors de recherches Généalogiques J’ai retrouvé trace de son passage à Anvers puis à Paris où elle avait du abandonner grand père dans un orphelinat, vers l’âge de 10 ans. Grand père avait été placé dans plusieurs familles d’accueil, puis embauché comme garçon de ferme, par la suite était devenu bouilleur de cru. A 18 ans il s’était enrôlé dans l’armée, avait été embarqué pour se battre en Serbie. Là- bas ça avait été terrible, blessé par une grenade il avait reçu plusieurs fois l’extrême onction, il avait été gazé dans les tranchées, avait eu les oreilles gelées et attrapé le paludisme. Après la guerre ils s’étaient mariés et avaient vécu comme militaires en Allemagne alors occupée par les français. Par la suite, grand pères a eu plusieurs métiers, il a été bijoutier, photographe et employé par la Seita (tabac). 

Lors du rangement du grenier très encombré, on a retrouvé un grand carton remplie de billets de millions de Deutsch Marc. Ils ne valaient plus rien, c’était des souvenirs de la terribles dévaluation allemande, il fallait une liasse de billet pour une baguette de pain, les billets étaient imprimés sur du papier journal.

J’ai de bons souvenirs de mes grands parents, des chats qu’ils avaient recueilli, d’après midi TV devant un western, de chocolats et biscuits généreusement distribués, des récits de grand-mère qui avait conservé son accent de Toulouse.

Ta nouvelle demeure

Les petits travaux, c’est rigolo,
si tous les deux on s’y met en chœur
on n’aura pas de trop
de quelques heures.

Tu me dis que la poussière
ça t’exaspère,
que ton petit aspirateur,
ça lui fait peur.

Mais mon amour adoré,
mon tout petit cœur,
Je te ferai un nid douillet,
que du bonheur.

Un nouvel univers,
un intérieur coquet,
de briques et de brocs,
je m’en dépatouillerai.

Tu me disais pourtant bien, « le volume, c’est chic ! »
Mais je sais que ce dock, ça t’a fait comme un choc.
Un coup de peinture et des rideaux aux fenêtres,
c’est une bricole, jamais rien ne m’arrête.

Au-dessus de la salle des machines
je vois un super loft pour ta frangine.
On n’a plus qu’à les retrousser,
nos manches,
pour que sous ce toit,
cela soit étanche.

Je vois bien que t’as pété les plombs
et que pour toi ça tourne plus rond
que tu rumines encore ta rancœur
Mais, voilà ta nouvelle demeure.

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Photo personnelle dans l’ancienne papeterie de Courlandon, entre Reims et Soissons.

Lavande

Inspiré par une chanson qui m’évoque une région et le paysage que j’aime quand je rends visite à mes parents. J’ai écris cette introduction et vous joint après le texte le lien de cette chanson : « La lavande » de Claire Pommet.

Enfants, leurs pas les menaient du mont Serain vers les garrigues des collines adossées au Ventoux. Là-haut le vent ébouriffant éffilait les nuages sur les dentelles de Montmirail.

Doucement, ils se donnaient la main et ressentaient la vie par leurs doigts agglutinés. Ils marchaient sur un entre-deux monde bordé de mistral. Au loin vers l’est pointait le sourire des alpes aux dents blanches.

Il se souvient de leurs soifs enfantines, leurs jeux dans les ruelles de Pernes et ses quarante fontaines. Il songe aussi à ces jours bruissants de foule quand ils parcouraient le marché de Carpentras au centre de la vieille ville.
Il a encore le souvenir enivré de vie, les senteurs de thyms qu’ils foulaient à leurs pieds dans les garrigues du mont Ventoux.
Il a coupé la lavande, il a cueilli des amandes et au soleil sa peau a noirci.

Elle,
un pied dans la lumière et l’autre dans la nuit, aujourd’hui s’affaiblit.  

elle a dit : « je m’en vais ».

Il ressent la colère, l’Ouvez coule à flots.
Il ressent sa colère forte de ses eaux. Maintenant il sait, sa petite fleur s’en va, il restera seul en ce paysage infini.
Il ne peut la suivre, car il ne sait la route, le chemin, le sentier ni la piste à suivre, dos à la draille, il ne lui est pas possible de dire au-revoir.
Il lui reste le chant de sa voix vibrante ; pluie de notes dont il recueille et rassemble les échos comme un petit bouquet de fleurs sauvages et de lavande.
S’il a de l’eau dans les yeux, c’est qu’il pleut au pays du soleil.

« La lavande »

« Ta peau n’est pas étanche 
Elle coule de désir 
De trop longues absences 
Et d’envie tu soupires 

Si je m’affaiblis 
que je ne tiens plus debout 
Allonge mon corps ici 
Tout en haut du Ventoux 

Couvre-moi de lavande 
Et de sel si tu pleures 
Avant la neige de décembre 
Avant que ne fanent les fleurs 

Je veux mourir maintenant 
Et renaître au printemps 
Je veux mourir maintenant 
Et renaître au printemps… »

Culture

Dans l’Aube entre Reims et Troyes.

Arôme du vent qui nous décoiffe
Souffle Souffle chorégraphe
Ondule le corps la tête ailleurs
On rêve d’un cueilleur chamailleur

Ça swingue swingue sur la terre
On n’a pas le stupéfiant solitaire
Ondule le corps la tête ailleurs
On rêve d’un cueilleur chamailleur

Comme une ivresse du printemps
la goutte de rosée a dissolu l’art
et la culture sans le savoir
est devenue opium du paysan